Sans avoir à parcourir le monde,fabriquer de ses mains des objets ou appliquer un programme politique, écrire est une action:celle d'un imaginaireet d'une pensée ;
Développer des concepts pour un philosophe, des romans pour un romancier ,décapsuler l'existence pour un poéte, écrire est un acte qui engage l'adhésion totale d'une pensée aux mots qui la révèlent . Mystèrieux processus incantatoire:il y a le monde, et soi en face, entre les deux, l'imaginaire et la folie , le sas des mots qui servirontà décrire le foisonnement qui cerne l'officiant . Former des phrases avec un stylo, avec un clavier de machine à écrire ou d'ordinateur, peu importe, l'essentiel est l'alchimie produite entre un monde ardemment prolifique et celui tout aussi effervescent de l'écrit. Les affects entrent en jeu , comme le style, comme l'architecture, comme le savoir, le résultat est un objet inédit, une nouveauté dans un monde qui ne cesse de produire, une "nouvelle"nouveauté ou se mêlent esthétique et dramaturgie, une entité restreinte qui ne vaut que pour elle-même , elle est un cri, une comptine, un envoûtement. Ecrire, c'est aller chercher au fond de soi ce que l'on a de plus beau, de plus vénéneux, pour l'offrir à un monde indifférent qui pourtant nous accueille. C'est ,surtout ,aller extirper de l'intérieur des coeurs et des consciences ce que leur pudeur n'ose révéler . Acte impudique par excellence, écrire met en lumière ce que les pénombres voudraient préserver .